Bruss’help nouveau coordinateur de l’aide aux personnes sans abri et mal logées

Voilà déjà quelques mois que Bruss’help est le nouvel organe régional de coordination de l’aide aux personnes sans abri. Quel est son rôle, qui le dirige, qu’est-ce qui change ? Le Samusocial publie un article tour d'horizon à l'occasion de l'un des points de contact entre les directions de nos deux organisations. Extraits:

On l’a longtemps connu sous le nom de « la Strada ». Ce nom tiré d’un film de Fellini a un temps désigné le Centre d’appui au secteur bruxellois de l’aide aux sans-abris. En juin 2019, l’organisme est dissout dans le cadre de la nouvelle ordonnance régissant l’aide aux sans-abri à Bruxelles. Pour le remplacer, une nouvelle structure est créée : Bruss’help.

Trois grands piliers régissent le fonctionnement de Bruss’help : la coordination de l’urgence et de l’insertion, la recherche et enfin l’orientation. Tour d’horizon.

La coordination de l’urgence et de l’insertion : voilà la première nouvelle fonction pour laquelle Bruss’help est mandaté. C’est aussi la plus importante. Elle inclut notamment la gestion de l’hiver. Souvenez-vous, c’est le Samusocial qui était auparavant en charge de la coordination hivernale, via le…Comité de Coordination Hivernale (CCH), qui se réunissait plusieurs fois durant l’hiver.

Depuis septembre 2019, c’est Bruss’help qui est le Coordinateur du Plan hiver régional. Il a entamé sa première Coordination Globale Hivernale (CGH) rassemblant tous les opérateurs de l’aide en période hivernale : associations, communes, CPAS… Le Samusocial est ainsi devenu un opérateur parmi les autres. « En étant opérateur et coordinateur, le Samusocial prenait le risque d’être à la fois juge et partie des décisions prises dans le cadre de l’hiver. A présent, il a davantage la possibilité d’attirer l’attention sur les problèmes rencontrés sur le terrain, de tirer la sonnette d’alarme », explique François Bertrand, Directeur faisant fonction de Bruss’help.

Mais attention : l’hiver ne doit pas rester la focale centrale de cette coordination. « Alain Maron, (Ministre de l’action sociale, ndlr) l’a répété à plusieurs reprises : il souhaite que ce soit le ‘dernier hiver’. Je pense que cette expression est avant tout symbolique : cela signifie qu’il nous faut sortir d’une gestion dictée par le thermomètre, pour aller vers un Comité de gestion de crises au sens plus large. Bien sûr, il s’agit de loger des personnes en cas de grand froid, mais cela doit être également possible dans le cadre d’une réponse à une épidémie ou si une catastrophe comme une explosion de gaz survenait… »

Pour mener cette mission à bien, Bruss’help doit avoir une vision globale de ce qui se fait dans le secteur. La tâche est conséquente, et débute dans les six prochains mois avec une récolte de données sur l’ensemble du travail qui se fait « hors les murs », comprenons : une cartographie de l’offre existante proposée par tous les acteurs de rue (équipes mobiles, éducateurs de rue etc). Sur cette base, un tableau de bord pourra être établi. Il se déclinera en deux axes : les chiffres remis aboutiront d’une part à une recherche scientifique sur le sans-abrisme et ses causes, afin de mieux le prévenir, et d’autre part, au développement d’une stratégie efficiente, que ce soit au niveau de l’urgence, du travail de rue ou encore de l’insertion. Gestion hivernale, création d’un futur comité de gestion de crise, coordination des acteurs de rue sont autant d’éléments qui entrent dans le cadre de la coordination de l’urgence et de l’insertion par Bruss’help. Sans oublier qu’il devient également l’organisme « coupole » de tous les programmes « Housing First » en Région Bruxelloise. Toute autre coordination jugée utile pourra s’ajouter en temps voulus à ce mandat.

Avec Bruss’help aux manettes, la coordination est donc globalisée. « Bruss’help se doit d’être neutre, tout en restant en lien permanent avec la politique régionale. Notre regard doit porter sur la globalité des dispositifs sociaux et de soins pour aider à dégager des orientations cohérentes, apporter des réponses en mutualisant les forces et en conjuguant les spécificités des opérateurs. Tout membre du secteur peut à tout moment interpeller Bruss’help sur des questions d’organisation sur le terrain, pour objectiver les besoins, augmenter l’efficience de l’action cumulée de différents acteurs…Certes, nous avons des comptes à rendre au Ministre dont nous dépendons, nous suivons de grandes lignes politiques, mais nous sommes aussi là pour lui faire remonter des messages, des constats de terrain afin d’améliorer l’action des services…cela va dans les deux sens. In fine, Bruss’help doit pouvoir proposer des solutions dans la durée pour sortir les personnes du sans-abrisme», résume François Bertrand.

Deuxième pilier sur lequel repose Bruss’help : la Recherche ! C’était l’ADN de la Strada depuis 2008, à travers la réalisation de dénombrements bisannuels des personnes sans abri en Région bruxelloise. Cela le reste avec Bruss’help. Le prochain dénombrement aura lieu en novembre 2020 et fera l’objet d’un important travail de préparation. Dès le mois de mars et pendant six mois, Bruss’help se concertera avec tous les membres du secteur qui souhaitent participer : « nous tenons à ne pas faire de la recherche en chambre, nous souhaitons comme durant les dix dernières années continuer à la produire avec les travailleurs sociaux ! », explique François Bertrand.

Enfin, l’Orientation est le troisième volet mis à l’agenda de Bruss’help : il s’agit de travailler à trouver des solutions d’orientation pour les personnes sans abri dont la situation complique l’accompagnement. A l’image du Samusocial qui se fait conseiller par la société « Accomplir Consulting » dans le cadre de sa revue organisationnelle, Bruss’help fait appel à une société externe pour définir ses « Missions, Objectifs et Valeurs ». Dans ce processus, l’« Orientation » est encore à construire.

« Au-delà des fonctions de coordination et d’orientation qui seront construites pas à pas, Bruss’help a vocation à poursuivre le travail d’étude sur la problématique du sans-abrisme, résume François Bertrand. La recherche basée sur la réalité de terrain permet aussi de définir des guidelines opérationnelles. Nous savons que les services ont souvent le nez dans le guidon, mais il ne faut pas pour autant sous-estimer l’importance d’un travail plus « méta » de récolte de données, qui nous permet de ‘zoomer’ sur des problématiques pointées par le secteur. On compte sur vous tous ! »

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